Vous avez peur de tirer au sort des citoyens incompétents ? Cet argument n’est en fait pas un argument contre le tirage au sort, mais contre la démocratie tout entière : dire que les tirés au sort sont incompétents revient à dire que le peuple est incompétent (puisque les tirés au sort le représentent mathématiquement), et que donc, fatalement, il ne faut pas lui confier le pouvoir.
Mais ce n’est pas ce que j’observe : premièrement, l’opinion publique, à mon sens, a des avis bien plus censés que l’action de nos politiciens, et ce, malgré le système médiatique non propice au débat pluraliste : c’est donc qu’il a une capacité de réflexion. De fait, l’élection n’est, elle aussi, en rien un gage de compétence : il y a des élus qui le sont, comme il y en a beaucoup qui ne le sont pas.
La seule procédure (que je connaisse) qui assure réellement la compétence dans un domaine est tout simplement le concours. Pourtant, pas grand monde souhaite choisir nos dirigeants politiques par ce dernier. Pourquoi ? Car cela s’appelle une aristocratie (le « kratos », le pouvoir ; à l’aristos », le meilleur/l’élite) ; or l’empirisme montre que l’aristocratie débouche nécessairement sur une oligarchie (c’est à dire que le pouvoir s’exerce par un petit groupe seulement. Puisque des « meilleurs », par définition, il n’y en pas mille) qui se met rapidement a servir ses propres intérêts, au détriment du bien commun, conflit d’intérêt oblige.
D’ailleurs, qu’est-ce vraiment la compétence en politique ? Elle n’existe même pas ! Chacun l’a car elle est innée et naturelle chez l’Homme, on le sait depuis l’antiquité, nous sommes un animal social, fait pour la discussion avec nos semblables. Là ou les compétences divergent : c’est en ce qui concerne la science/la technique. Pour cela, il faut tout simplement s’informer convenablement, voir les arguments d’un camps puis de l’autre… c’est à cela que sert le débat. Je l’exprime souvent ainsi: «un scientifique qui travail sur le nucléaire sait comment fabriquer une arme atomique, pourtant il ne sait pas s’il faut le faire; la science dit ce qui peut-être fait, et la politique dit ce qui doit être fait».
Un autre élément qui appuie cette analyse est une simple question : comment pensez-vous qu’un médecin élu dans l’assemblée nationale actuelle, fait pour voter une loi sur les barrages hydroélectriques ? Il n’est pas ingénieur ou énergéticien… il n’y est pas plus compétant que vous et moi sur la question : comment doit-il faire ? Tout simplement, il débat, se renseigne, lit, questionne les experts, etc…. c’est à dire qu’il fait (ou est censé faire) ce que le député tiré au sort devrait faire : croyez-vous vraiment que l’élection permet d’assurer la qualité de ce travail, contrairement au tirage au sort ? Regardez les débats dans l’assemblée nationale actuelle, et admirer qu’ils n’existent pas ! En effet, si débat il y avait, les arguments se confronteraient, les opinions changeraient… de façon à ce que l’issue de la votation seraient incertaine. Or, je suis, vous êtes, nous sommes tous capables de prédire avec certitude l’issue de chaque vote au parlement, en regardant les étiquettes politiques.
Toute l’essence de mon propos est que des citoyens tirés au sort sont plus propices à réaliser ce travail de réflexion, qu’un groupe d’élus. Ils ne recevront pas d’ordre d’un parti politique et sauront qu’il redeviendront de simples citoyens à la fin de leur mandat et auront tout intérêt à mener une politique « populaire » (pour le peuple). Comme le disait Platon :
« En Démocratie, chacun est à son tour gouverneur et gouverné »